Journal d'expédition

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    Azaryus

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    Journal d'expédition

    Message par Azaryus le Jeu 21 Aoû - 22:19

    Cela fait maintenant trois semaines que l'on cherche le Roi.
    Nous avions bien réussi à retrouver sa trace près de Kazadrïn, mais la tempête est trop violente pour continuer aujourd'hui. Si la magie ne déclinait pas, nous aurions pu faire quelque chose. Deux d'entre nous sont déjà morts.

    Lorsque nous avons appris que le Roi chercherai la solution à la perte de nos pouvoirs sur les terres d’Helion, nous n'avons pas hésité. Le corps expéditionnaire ainsi formé, cinq de mes compagnons et moi même avons sauté de l’île pour le rejoindre. L'un d'entre nous n'a pas survécu à la chute. Puissent les esprits veiller sur toi Drœkis.

    La rumeur était juste, nous avons bien atterris dans un lac. L'hiver étant rude, je m'étonne que celui-ci n'ai pas encore gelé, mais c'est une chance pour nous.

    C'est deux jours après que nous avons été attaqués. Nous étions tous exténués ce jour là. Lagorie s'est sacrifiée pour nous sauver tous. Cela devait être la première fois que ces bandits voyaient un   Ethérien, et la première fois de ma vie que je voyais un membre de mon peuple utiliser un sort corporel sur lui même. Les quinze bandits sont partis en fumée, et Lagorie avec. Elle était comme un sœur pour moi. Ton sacrifice restera gravé dans ma mémoire, et je t'assure qu'il n'aura pas été en vain. Je te promet de retrouver le Roi, Lagorie, je te le promet.
    Les jours suivant furent morose. La tempête de neige ne se calme pas, bien au contraire, elle va en empirant. Nous avons perdu la trace du Roi ce matin, mais tout porte à croire qu'il se dirige vers la guilde des Architectes.


    Jour 25


    Nous avons traversé plusieurs villages depuis le début de nos recherches, et j'ai l'impression que les gens se méfient de nous. Le prochain est encore à un jour de marche, et ce sera le dernier avant la guilde. Au rythme où nous avançons, nous y seront sûrement dans deux jours, en début d'après-midi.
    Toujours est-il que ce soir, nous dormirons encore dans les montagnes. Un bon feu nous fera du bien, d'autant plus que nous sommes trempés à cause de la neige.
    Nos vivres commencent aussi à se faire rare. Lorsque nous arriverons demain au village, ce sera la dernière fois que nous pourrons en acheter. Mais si nous sommes « accueillit » aussi bien que les autres fois, cela risque d'être difficile. Le mieux serait de nous déguiser afin de cacher nos ailes et nos yeux qui trahissent notre allégeance.
    Même si nous ne sommes plus que cinq, nous sommes trop nombreux pour nous déplacer en groupe dans les villages sans attirer l'attention. Demain j'irai seul. Les autres contournerons le village par l'Ouest, et je les rejoindrai à la sortie. Je trouverai bien de quoi me déguiser dans cette forêt. Il doit sûrement y avoir des atelier de bûcherons ou de trappeurs.

    La nuit tombe et la tempête semble s'être calmée. J’entends des loups au loin et la seule source de lumière dont nous disposons pour l'instant est celle des faibles rayons de la lune qui filtrent à travers la cime des arbres décrépis. Il est temps qu'on installe le camp. J'ai entendu dire dans le village précédent que cette partie d'Hélion est très fréquentée par les bandits. Il s'agira d'organiser des tours de garde et d'être très prudents.


    Jour 26


    La nuit s'est déroulée sans accros, pour nous en tout cas. Les bandits n'ont pas eut cette chance. Il est très difficile de surprendre un Ethérien, et Pagran est le meilleur d'entre nous quand il s'agit d'être aux aguets. Il faut dire que Pagran a hérité de la magie de sa famille, une magie des sens qui permet de les exalter au plus haut point. Une vision d'aigle, une ouïe décuplée et un odorat incroyable : voilà comment décrire sa magie.

    Chacun d'entre nous a en partie été choisi pour sa magie. Chaque Ethérien peut utiliser et appréhender tout les types de magie, mais nous naissons tous avec des prédispositions qui font des spécialisations. Personne jusqu'à aujourd'hui n'a réussi à maîtriser entièrement toutes les formes de magie.
    Lagorie et Drœkis étaient jumeaux et tout les deux maîtrisaient une magie télépathique. Leur présence dans notre expédition s'explique par le fait qu'ils pouvaient communiquer directement avec les sages de notre cité, qui pouvaient nous envoyer leurs consignes grâce à eux.
    Nous sommes désormais coupé d'eux, et il faudra continuer sans eux.

    Sur les quatre Ethériens restant dans l'expédition, Dokan et Milvus maîtrisent une magie de combat. On a beau dire que les Ethériens sont pacifistes, mais de belles paroles n'ont jamais gagné une guerre. Quand les dragons ont attaqués notre capitale, heureusement que certains d'entre nous étaient formé au combat.
    Cette magie du combat est particulière puisqu'il ne s'agit pas d'une prédisposition naturelle mais s'acquièrent grâce à l’entraînement : il s'agit d'une des deux magies qui peuvent se maîtriser de la sorte.

    La deuxième magie est celle de guérison. Drallith la maîtrise et c'est pour cette raison qu'elle est avec nous. Dotée du pouvoir de guérison par sa mère, elle est également née avec le pouvoir de prescience de par son père. Mais les prédictions ne font pas partie de sa magie principale et sont rares, mais néanmoins exactes.

    Quant à moi, je suis doté d'une magie de pistage. C'est ce qui fait ma présence ici. Après l'attaque des dragons, il ne restait plus que moi et mon père à maîtriser cette magie. Le reste de ma famille ayant périe dans les flammes, et mon père étant trop âgé pour cette expédition, l'honneur de retrouver le Roi m'est revenu.
    La magie de pistage repose sur un des fondements de la magie. Chaque être vivant, qu'il soit humain ou non, possède en lui une étincelle de magie qui le relie au reste du monde et cette étincelle est unique. Elle est la signature de chaque être. C'est grâce à cela que la magie de pistage fonctionne : je suis capable de reconnaître une signature et de retrouver son propriétaire où qu'il soit dans le monde.
    Mon père m'avait également poussé à suivre un entraînement sur la magie de discrétion. Je le revoit encore me dire : « C'est bien de savoir pister quelqu'un, mais c'est mieux de le faire sans être vu ». Pendant près d'un siècle je me suis entraîné avec lui, jour après jour, et je suis désormais capable de masquer ma propre signature magique, et de me rendre invisible aux yeux de tous.

    J’aperçois une cabane de bûcheron un peu plus loin. Le reste du groupe est parti m'attendre à la sortie du village. Il s'agit de ne pas m'attarder ici, et de ramener le plus vite possible les provisions pour le reste du voyage.
    Je crois que la cabane est abandonnée. J’entends un craquement derrière moi, et la note métallique d'une arme qu'on dégaine.
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    Azaryus

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    Re: Journal d'expédition

    Message par Azaryus le Lun 2 Fév - 22:45

    De la neige tombe en morceaux des branches des pins environnant, s'écrasant dans un bruit feutré sur le sol blanc de la forêt.
    La note métallique résonne dans le silence de la nature et dans ma tête. A en croire le bruit, il ne s'agit pas d'une épée, mais d'une arme un peu plus large qui aurait ripé non pas contre un fourreau mais contre un morceau d'armure.
    Deux indices qui ne laissent présager rien de bon. Un flamme au poing, ma dague dans l'autre, je me retourne d'un mouvement rapide vers mon agresseur.
    Une barbe brune dégouline de son visage parcheminé. Ne mesurant pas plus d'un mètre quarante, il brandit devant lui une hache à la lame bleue sur laquelle dansent d'étranges reflets : le signe irréfutable qu'il s'agit là d'une arme enchantée.
    Tenant sa hache à deux mains, il bondit sur moi, la hache au dessus de sa tête.
    D'un pas sur le côté, je l'esquive et lui envoie une petite boule de feu dans son dos. Le genre de sortilège destiné à déstabiliser plus qu'à blesser. Celle-ci explose contre son armure et le projette face contre terre, le visage planté dans la neige.
    - Je ne veut pas me battre contre toi, nain ! Lui dis-je. Mais si tu m'attaques encore, je serai obligé de défendre !

    Préparant une nouvelle boule de feu, plus grosse cette fois, je me place en position de combat, prêt à contre-attaquer. Le nain se relève en grognant et fixe sur moi ses yeux bleus ciel. Regardant mes ailes danser au rythme de mes battements cardiaque, il arbore sur son visage un air rempli de curiosité, mêlée de crainte. Me rappelant soudain que les êtres d'Hélion n'ont jamais vu d'Ethériens auparavant, du moins à ma connaissance, je rappela au nain ma dernière sommation.

    - Baisses les armes, et j'en ferai autant ! Je ne suis pas ici pour combattre ! Le temps m'est compté et j'en ai déjà trop perdu dans cette rixe ridicule !
    - Dit moi d'abord ce que tu es ! me répondit-il d'une voix dont la puissance m'étonna.
    - Comment ça, ce que je suis ? Dis-je, perplexe.
    - Oui, ce que tu es, espèce de poule ! A moins d'être sacrément débile, tu te trimballe pas en pleine tempête dans la forêt avec des ailes en papier dans le dos ! Alors dit moi ce que tu es !
    - Je ne voit pas en quoi la connaissance de ma nature te sera d'une quelconque utilité. Lâche les armes et laisse moi passer. Autrement, tu risque de regretter amèrement l'issu du combat que tu t'échines à commencer. Tu doit sûrement connaître l'expression « tu ne t'en tirera pas en un seul morceau ? ». Dans ton cas crois moi, elle est à prendre au sens littéral. Lui répondis-je, d'un ton parfaitement détaché.

    Prononcer une telle phrase si calmement m'emplit d'une douce cruauté. Je crois qu'à ce moment là, j'aurais pris plaisir à tuer ce nain qui s’évertuait à se mettre en travers de mon chemin. Comme si ces mots éveillaient en moi le passé que j'essaye tant de refouler.
    La colère qui bouillait en moi me donnait l'impression que le temps s'était arrêté. Ou du moins qu'il avait ralentit de façon considérable.
    Je dévisageais alors mon adversaire une nouvelle fois, plongeant mes yeux dans les siens : ma dernière phrase avait du faire mouche, car son masque impassible de guerrier s'était fissuré, et la peur transpirait au delà. Intérieurement, je souriais. C'est quand j'ai vu la nouvelle expression du nain que je me rendis compte que ce sourire s'était étendu sur mon visage : un sourire carnassier, celui d'un prédateur en face de la proie qu'il viens d'acculer au fond de son terrier.

    Un craquement de branche sur ma droite m'appris que nous n'étions pas les seuls dans cette forêt. A en croire le bruit caractéristique de la neige écrasée et par la façon dont il se déplaçait, j'en déduisit que ce nouvel arrivant n'avait rien d'amical.
    Il se plaçât derrière moi, et j'estimais sa position à 3 mètres, légèrement en retrait sur ma gauche. Je projetais mes sens. Ce n'était pas un nain, et par conséquent sa gorge étant une cible facile pour quelqu'un de ma taille.
    C'était parfait. Si il avançait encore ne serait-ce que d'un cheveux, ayant toujours ma dague dans ma main droite, je pourrai l'égorger sans problème en me retournant par la gauche.

    Je fixais toujours le nain devant moi. A voir l'expression fugitive de peur passer sur son visage, il n'avait aucun lien amical avec l’intrus. Je le voyais hésiter. Devait-il me prévenir du danger imminent ? Ou attendre un peu, histoire d'en savoir plus sur moi ?

    Derrière lui, une ombre. Puis une deuxième. En quelques secondes, j'en comptais cinq de plus. Au total, c'était huit assaillants, parfaitement positionnés autour de nous, en cercle, nous coupant toute issue de fuite.
    Le nain ne les avait pas vu, les yeux toujours rivés derrière moi.
    Notre seule chance était de combattre ensemble. Cette alternative ne me plaisait pas, mais je me consolais en pensant que ce devait aussi être l'avis du nain.
    Ravalant ma fierté, je lui dis :

    - Ta hache est aiguisée ?
    - Oui, me répondit-il en brandissant sa hache.
    - Alors sert-en.

    Un instant après avoir prononcé ces mots, les 8 brigands sortirent des ombres et se jetèrent sur nous.
    Mettant mon plan en exécution, j'effectuais un demi-tour sur la gauche, coupant net la gorge du premier. Un gargouillis, puis plus rien. Il n'eut même pas le temps de temps de crier, la voix étouffée par son sang qui maculait déjà le sol blanc. Je jetais ma boule de feu qui attendais dans ma main sur le brigand qui se jetais dans le dos du nain. Il s'écrasa face contre terre. Ses vêtements ne le protégeant pas de ce genre d'arme, le feu dévorait déjà sa chair. Ses cris résonnait dans le silence de la forêt. Outre la bûche improvisée qui continuais de brûler et crier aux pieds du nain, je remarquais deux autres brigands. Le nain ne s'en sortait pas trop mal.

    J'esquivais au dernier moment un coup d'estoc. Entraîné par son propre élan et le coup de dague enfoncée juste en dessous la nuque, l'assaillant alla finir sa course dans un arbre.
    Sept corps jonchaient le sol. Parmi eux, mon allié provisoire. Les deux brigands survivants se regardèrent et se jetèrent sur moi. Pas le temps de faire mieux, je jetais une petite boule de feu au visage du premier. A entendre ses cris, c'était plutôt efficace. Je stoppais le second d'un coup pied. Sonné, il mis quelques secondes à reprendre ses esprits. Le brigand au visage brûlé s'écroula un peu plus loin. Ironie du sort, c'était à côté du carbonisé.

    Je n'eut aucun mal a maîtriser le dernier. Me plaçant derrière lui, je lui ceinturais la gorge avec mon bras, appuyant sur sa trachée avec l'intérieur de mon coude. Il se débattait, ses poumons désespérés de se gonfler de nouveau d'air. Je relâchais un peu la pression en lui demandant :

    - Qui t'envoie ?
    - Personne ! Me répondit-il, affolé et le souffle court.
    - Qu'est-ce que vous faisiez ici ?
    - Rien !
    - Rien ? Explique ça à tes compagnons par terre. Lui dis-je, en augmentant un peu la pression sur sa gorge.
    - On... on voulait vous voler ! Les temps sont durs, et on survit comme on peut !

    Ne relâchant pas la pression, le brigand ne tarda pas à s'évanouir. Le calme retomba sur la forêt, et la neige recouvrai peu à peu la scène.
    J'allais alors voir le nain, allongé sur le dos un peu plus loin. Du sang sur le visage, il respirait à peine. Lentes, chacune de ses respirations produisait un nuage de buée.


    La cabane de bûcheron toujours en vue, j'attrapai le nain et l'y porta.
    L'entrée n'étant pas verrouillée, je dus toutefois me baisser pour entrer.
    L'intérieur de la cabane était simple. Une table en chêne, 4 chaises et une couche devant une cheminée en pierre, dans laquelle trônaient des cendres froides depuis longtemps.
    J'installais le nain sur la couche, allumais un feu avec les quelques bûches qui n'étaient pas pourries
    et entrepris de fouiller le sac du nain. Son sac contenant quelques herbes médicinales, elles me permirent de concocter un baume pour accélérer son rétablissement.
    Un rapide diagnostic me permit d'évaluer sa période de convalescence : d'ici une dizaine d'heures, il se réveillera.

    Fouillant la cabane, je découvris dans un coffre une tenue de bûcheron. La cape ainsi que la capuche m'allaient, dissimulant parfaitement mes ailes. Pour les reste de la tenue, il fallait oublier l'idée, bien trop petite pour moi.
    La respiration du nain s'était quelque peu rétablie.

    J’ouvris la porte, et sortis sans un bruit dans l'hiver.

      La date/heure actuelle est Mar 12 Déc - 7:20